Accueil » Actu »médias numériques

Comment rentabiliser un média online, Masterclass

25 janvier 2010 Actu, médias numériques 9 Commentaires
corinne delaporte
Qui ?
Corinne et Christophe Delaporte, dirigeants du Benchmark Group (l’internaute, Journal du Net, JDNet Solution, le journal des femmes, le journal du management…)

Quoi ?
Une interview

Pourquoi ?
christophe delaporte
Parce qu’ils n’en ont jamais donné et parce que la plus grande rédaction online française (100 journalistes sur les 180 personnes de l’entreprise, troisième groupe média français en audience,  est rentable depuis son origine, avec 17 millions d’euros de CA et 3 millions d’euros de résultat brut avant impôts. Benchmark voit son audience progresser de 30 % chaque année. La publicité pèse 77% % du résultat. Dans ce domaine, l’Internaute pèse 40 %; lejournal des femmes, 40 %  et le pôle professionnel, 20%. La formation et les études pèsent 13 % et les services payants sur copainsdavant, 10%.

Naissance du groupe en 1996 En 1996, j’étais  associée chargée du Benchmark chez Coopers and Lybrand. je me suis dit que j’avais envie de faire du benchmarking pas sous forme de conseil, mais sous forme d’édition, pour diffuser de manière plus large les conseils documentés. En avril 1996, je me suis dit que le problème c’était Internet. En mai est donc sorti le premier numéro de Stratégie Internet . J’avais pour modèle la lettre de l’Expansion et pensais atteindre le point mort avec 300 abonnés en deux ans. J’en ai eu 300 dès le premier numéro et 300 autres au suivant.

Cela m’a fourni le point de départ pour créer autre chose. Et nous avons toujours procédé de la sorte. Je fais un produit, il marche, j’en fabrique un autre avec l’argent dégagé. L’entreprise s’est toujours autofinancée, sauf quand nous avons fait le projet d’entrer en Bourse. Le 1,5 million levé à cette époque pour cette introduction est resté au coffre.

1998, Christophe Delaporte crée le Journal du Net

Stratégie internet avait besoin d’un site pour se mettre en valeur. Christophe a alimenté ce site en contenu. Mais on ne pouvait pas d’un côté vendre le stratégie internet papier et de l’autre donner de l’information sur les mêmes sujets sous la même marque. Nous avons donc lancé le journal du net en 1999.

Pourquoi les journalistes n’ont pas la carte de presse

Légalement une entreprise ne peut pas avoir deux conventions collectives, tous les salariés doivent être traités de manière équitable.

Comme nos activités d’origine, études et séminaires sont du ressort de la convention syntec qui comprend également des activités de rédaction nous n’avons jamais changé ce statut et nous ne le ferons pas car il faudrait alors juridiquement scinder les activités journalistiques du reste et diviser l’entreprise en deux sociétés distincte, ce qui aurait deux inconvénients :

- La production de contenu éditorial de type journalistique ne serait alors pas à l’équilibre financier (pour mémo c’est l’activité études qui a financé le développement du JDN et c’est Copains d’avant qui a financé le développement de l’internaute)

- les salariés des différentes activités n’auraient pas le même statut ce qui est inacceptable dans notre conception de notre projet d’entreprise.

- cela alourdirait la gestion et rendrait l’entreprise moins réactive. Car certains journalistes qui travaillent pour les études, des informaticiens font de la modération, enfermer les gens dans des cases serait un cauchemar en organisation.

A chaque année un nouveau produit

Nous n’avons pas de stratégie au delà d’une année, et nous nous fixons un objectif. Quand nous lançons des nouveaux produits, nous nous concentrons sur nos points forts. Il était question de lancer un magazine sur les jeunes, que nous ne ciblons pas. Mais nous préférons toujours créer un produit à partir d’un domaine où nous avons une bonne position.  Au début du journal du net, notre ambition était de faire aussi bien que le Monde informatique. Puis nous avons voulu rejoindre Libération, puis Le Monde. En 2010, il s’agit de dépasser Yahoo. Fin 1999, nous faisons nos premiers forums à l’institut Leonard de Vinci. Nous attendions 100 personnes, il y en a eu 500. Ces 500 000 euros ont financé le lancement de l’internaute.

1999 Virage vers le grand public

Laurent Moindrot, notre directeur de la publicité nous disait que les agences média ne voulaient pas investir pour des marques  grand public sur les sites professionnels. Nous avons donc lancé un site pour expliquer Internet au grand public, qui est ensuite devenu progressivement un magazine grand public généraliste.

Copainsdavant est lancé en 2001 :  du social média sans le savoir.

J’ai vu un stagiaire, Julien Barras, devenu notre directeur du développement depuis, bricoler un service « perdu de vue ».  Je me suis dit que ce serait sympa de retrouver des gens de Coopers and Lybrand et du ski et nous avons donc développé le service, avant de partir en vacances. La montée en charge du service a été tellement rapide que ceux qui étaient resté ont passé des semaines épiques. En 2003, le service est passé payant. Mais l’irruption de facebook nous a contraint à repasser en gratuit. C’a été la troisième grande surprise après le lancement de la lettre et le succès des forums. Aujourd’hui, nous sommes les seuls à être présents sur le terrain des médias et de la communauté de 12,5 millions de membres, ce qui nous permet de croiser les deux activités, c’est l’un des grands chantiers de l’année.

La vraie fausse introduction en Bourse

C’était en novembre 2000, nous avons tenté de nous introduire en Bourse au moment où toutes les portes se fermaient, un vrai sens du timing…Après coup on se dit que nous avons eu de la chance, surtout pour notre style de vie. La façon dont nous sommes structurés et le fait que nous n’ayons pas de frais structurels élevés nous a permis de traverser le débullage. Nous étions 50 personnes, nous sommes redevenus 40.

Et cette année là il n’y a pas eu de nouveau produit. En 2003 nous avons enlevé la partie de contenu dédié aux femmes de l’internaute pour le mettre dans le journal des femmes, qui propose des chaines thématiques.

2006 Les dirigeants s’installent à Nantes

Nous avions déjà une équipe de dix personnes à Nantes avec Julien Barras. Le projet de démolition du collège des enfants nous a poussés à nous installer là bas. Nous nous sommes rapprochés des informaticiens de Rennes. Nous avons pris du recul par rapport aux rédactions, cela nous a permis de nous concentrer sur le développement.

Le culte du fait maison

Nous ne ressentons pas le besoin de faire des acquisitions. Nous avons connu depuis l’origine une croissance naturelle de 15 % par an qui est davantage que ce que peut supporter une entreprise.

Talon d’Achille, le référencement naturel

Nos rédactions sont polyvalentes. Mais nous sommes très mauvais en référencement naturel : les pages sont trop longues, trop lourdes, il y a trop de liens. Nous avons bien su chainer les contenus entre eux,  mais en référencement naturel, nous sommes nuls. C’est encore un chantier de cette année. De manière générale, nous n’avons jamais créé de contenus pour les moteurs, mais pour les lecteurs, en nous attachant à l’ergonomie et à la qualité des contenus, mais depuis trois ans, des acteurs dont 95 % de l’audience vient des moteurs, comme « Comment ça marche » ont fait irruption. Nous allons donc faire des efforts en prenant garde de ne pas tomber dans la google dépendance, mais nous ne voulons pas nous faire doubler en audience injustement.

benchmark

Les newsletter au coeur du dispositif

L’audience est drainée par les newsletter. Nous ne rajoutons pas de contenus entre les envois. nous préparons des éditions de newsletter et nous les soignons. Nous n’avons jamais exploité ces fichiers d’abonnés. Nous avons 500 000 personnes qui se sont déclarées d’accord pour recevoir des messages de partenaires, mais nous ne savons toujours pas si nous allons leur pousser des messages. Si on le faisait, ce serait deux fois pas mois.

Pousser l’information à l’heure des médias sociaux ?

Cela me rappelle l’époque où l’on parlait de personnalisation de page d’accueil, 5 % le font. Les flux d’information, il me semble que ce sera pareil. Le média propose une sélection et une hiérarchie de l’information qui incite à la découverte.

La politique publicitaire

Nous avons 500 clients annonceurs, 40 % des campagnes de display significatives sont chez nous. mais nous avons un déficit de notoriété. Quand le marché de la publicité se resserre il faut être plus présents, faire davantage d’événements. C’est ce qui nous a poussé à refaire les Net 20 cette année.

Les chantiers 2010
Le référencement naturel donc, et les applications I Phone. Nous sortons l’application du Journal du Net courant février engratuit, en espérant arriver à vendre certaines fonctiosn au fil du temps.  « Cuisiner », application gratuite lancée mi janvier est dans le top des téléchargements. Nous avons essayé de la mettre en payant, mais les volumes sont ridicules. Et puis, dans deux ou trois ans, la consommation sur le mobile sera aussi importante que sur le web. On ne peut pas se mettre  à la merci d’un nouvel entrant proposant le même produit en gratuit.

La crise actuelle

Le secteur high tech a souffert, mais le journal des femmes, les événements et les formations ont progressé fortement.

Benchmark group et l’indépendance

Il n’y a pas de projet de vendre, ni à court ni à moyen terme. Le projet est toujours  passionnant. Mais il y a peut être un moment où cela le sera moins pour nous (quand Benchmark aura dépassé TF1 ? NDLR).

Tags : , , , , , ,


il y a actuellement "9 Commentaires" sur cet article

  1. lolov dit :

    Le web 2.0 pour les Delaporte c’est juste un gadget… Voilà qui me parait tout de même un peu hallucinant, mais ne m’étonnes pas de mes « anciens » employeurs !

  2. Social comments and analytics for this post…

    This post was mentioned on Twitter by AmandineD: Comment rentabiliser un media online : http://bit.ly/4yb0aA...

  3. Alex dit :

    Sauf erreur de ma part, Benchmark est un des seuls groupes de sites online d’envergure qui ne permet pas aux internautes de laisser des commentaires sur les articles.

    C’est particulièrement frustrant et anachronique, surtout pour le Journal du Net ou les professionnels souhaitent échanger entre eux et avec le journaliste.

    Auriez-vous peur des réactions des internautes M et Mme Delaporte ?

  4. decu-du-bench dit :

    Ancien employé de Benchmark, je me permets d’apporter quelques petits rectificatifs, car, contrairement aux sites de Benchmark comme le rappelle Alex, il est ici possible de s’exprimer librement.
    L’objet du mail de cbwebletter est absolument approprié « Benchmark group sort de son silence », les Delaporte, ces esclavagistes de la pap comme ils sont souvent qualifiés à l’extérieur, nous offrent enfin un espace d’expression ailleurs que dans leurs magazines !
    Tout d’abord je tiens à relever l’énorme erreur qui consiste à dire qu’il y a 100 journalistes. Il y a moins de 20 salariés sur l’Internaute, encore moins sur le journal des femmes et pour le journal du net. Et nous sommes « animateurs producteurs web » pour la plupart, ce qui est pour le coup un intitulé absolument pas erroné, puisque nous sommes là pour produire des pages et c’est tout ce qu’on nous demande. Certains sont journalistes de formation mais n’ont pas pour autant droit à la carte de presse, ils sont eux aussi animateurs producteurs…comme cela est effectivement rappelé dans l’interview, du fait des activités historiques de l’entreprise.
    Corinne Delaporte est la Tchatcher du web : une main de fer sans gants et sans tact, dévouée à son entreprise, son bébé et absolument indifférente du sort de ses salariés. De nombreux licenciements ont eu cours ces dernières années, notamment en 2008 et en 2009 pour éviter le plan social, la stratégie des Delaporte a justement été de menacer d’un plan social pendant des semaines dans le but d’effrayer les salariés. Résultat : des départs spontanés à la pelle, résultat garanti avec la méthode Delaporte : un plan social sans débourser un sou et sans ternir son image. Cet événement est représentatif de la façon dont est gérée l’entreprise : aucune communication, rumeurs, menaces, placardisation de ceux qui ont un jour osé l’ouvrir… Normal que Benchmark ne souhaite pas s’exprimer à l’extérieur !
    Bref, Benchmark attire autant toujours de stagiaires attirés par la réussite de l’entreprise, mais le conditionnement dont nous sommes victimes, la loi du silence qui règne fait vite des salariés de gentils moutons frustrés dont on bloque toute initiative.
    Les prud’hommes auraient un appétissant dossier à traiter s’ils mettaient le nez dedans…

  5. Emile dit :

    “Légalement une entreprise ne peut pas avoir deux conventions collectives”. C’est faux. Dans les entreprises de presse il y a plusieurs conventions collectives : une pour les journalistes, une pour les autres cadres, une pour les employés… Donc, si Benchmark était guidé par le respect de la loi il appliquerait des conventions collectives différentes selon les catégories.
    Ensuite, une fois que cette règle élémentaire est respectée, si Benchmark estime qu’il faut traiter les salariés de manière plus « équitable », personne n’empêche l’entreprise d’ajouter des avantages aux moins bien lotis pour réduire l’écart avec les autres.

  6. Terdy Alain dit :

    LINTERNAUTE.COM est une contrefaçon de la marque française n° 99/815802 déposée le 1 octobre 1999, publiée le 12 novembre 1999, puis enregistrée:

    L’INTERNAUTE
    THE INTERNAUT MAGAZIN
    en classes 16, 38, 41.

    Benchmark group a déposé LINTERNAUTE.COM auprès des autorités US d’internet le 18 novembre 1999…

    LINTERNAUTE.COM est dépourvu de toute valeur juridique, car ce sigle constitue une contrefaçon de la marque susnommée.
    Avis à tout repreneur éventuel du Benchmark Group, ainsi qu’à toute personne et toute société qui ont affaire avec les fondateurs de ce groupe.

  7. [...] millions d’euros environ. Pour en savoir plus sur ce groupe très discret, retrouvez l’interview exclusive de ses fondateurs, publiée en janvier dernier dans la [...]

  8. [...] ? On parle de 60 millions d’euros, soit trois fois le chiffre d’affaires (voir l’interview des Delaporte dans CB Webletter de janvier 2010) et vingt fois l’EBITDA. Un montant démenti, mais qui semble pourtant [...]

  9. [...] à entrer dans les musées gratuitement, tout un symbole). Christophe et Corinne Delaporte, les fondateurs de Benchmark group, on adopté la convention collective du Syntec. Et abordé l’information en ligne comme un monde nouveau. Christophe Delaporte était [...]

Commentez cet Article







commentaires récents

  • Colin: je cherche à monétiser mon site et ça m'éclaire bien sur ce ...
  • Soph92: Lorsqu'on rencontre le réalisateur, on voit de suite qu'il a...
  • Yoann Romano: Article intéressant. A mon avis la grande force de Facebook ...
  • Tegan Buttke: Thank you for your awsome article. I'll keep an observation ...
  • Lanita Sethi: Thank you regarding the awsome article. I'm going to keep an...
  • Colombe: Nous sommes une grande marque de luxe et avons testé 4 acteu...
  • AZERTY: Sur un site, il y aussi ceci. "Il s'agit d'une agence de ...
  • reomie: Pas sympa les insultes. Le principal, c'est qu'il plaise à ...

Cookies

Adhérer au Club

Devenez membre et participez à nos rencontres professionnelles
  • Invalid Twitter Response.